Le Mas du Simbèu
Patrimoine

Le Mas du Simbèu

Le Sanctuaire du Marquis de Baroncelli

Temps de lecture : 12 min Par Lou Simbèu

C'est à quelques pas seulement de la Route du Clos du Rhône, là où les étangs murmurent encore les légendes d'antan, que se dresse un lieu sacré pour tout amoureux de la Camargue. Le Mas du Simbèu n'est pas qu'une adresse, c'est l'âme même des traditions ressuscitées par le Marquis de Baroncelli. Ce domaine, niché entre roselières et pâturages salés, a concentré en quelques décennies toute la ferveur d'un homme qui voulait sauver un monde en train de disparaître.

Les Années Amarilla : Avant le Simbèu

Avant de s'établir au Simbèu, Folco de Baroncelli-Javon avait déjà consacré plus de trente ans à la défense de la Camargue. Né en 1869 dans une famille de la noblesse avignonnaise, il abandonne très tôt les salons de la bourgeoisie provençale pour s'installer au Mas de l'Amarilla, près des Saintes-Maries-de-la-Mer, dès 1895. C'est là, sur cette terre battue par le mistral, qu'il se fait gardian et commence à vivre selon les usages ancestraux du delta.

Au Mas de l'Amarilla, Baroncelli forge les premières structures de ce qui deviendra la Nacion Gardiano, fondée en 1909. Il organise les premières fêtes votives modernes, codifie les règles de la course camarguaise, et milite inlassablement pour la reconnaissance du cheval Camargue comme race à part entière. Il défend aussi le droit des gitans à honorer Sainte Sara, obtenant en 1935 l'officialisation du pèlerinage qui portera leur patronne jusqu'à la mer.

Mais l'Amarilla, propriété qui ne lui appartenait pas en totalité, devient progressivement un fardeau financier. Baroncelli, ruiné par sa générosité et ses combats, cherche un lieu plus modeste et plus sauvage. À plus de soixante ans, il rêve d'un dernier refuge où il pourrait vivre en ermite parmi ses taureaux et ses chevaux, sans les contraintes du monde moderne. Ce sera le Simbèu.

1930 : L'Exil Volontaire du Marquis

En 1930, Folco de Baroncelli, vieillissant mais toujours habité par le feu sacré de la Camargue, décide de s'installer sur une terre plus sauvage. Il fait du Mas du Simbèu sa demeure. Le nom lui-même, "Simbèu", est tout un symbole : il désigne en provençal le taureau meneur, celui qui guide le troupeau. Le choix de ce nom n'est pas anodin. Baroncelli se voyait comme le simbèu de son propre peuple, le gardian qui ouvre la voie et montre la direction aux autres.

Dans ce mas rustique, le Marquis continue de défendre sa vision d'une Camargue fière et libre. C'est ici qu'il reçoit ses amis, des savants aux humbles gardians, et qu'il peaufine les codes de la Nacion Gardiano. Sa présence transforme ces quelques hectares en véritable capitale spirituelle du delta. Vous pouvez d'ailleurs en apprendre plus sur l'héritage d'exception de Folco de Baroncelli dans notre article dédié.

Le Simbèu devient rapidement un lieu de pèlerinage informel. Des écrivains comme Joseph d'Arbaud, des peintres, des poètes félibréens, mais aussi de simples paysans et pêcheurs viennent y chercher conseil, partager un repas ou simplement s'asseoir auprès du feu. Le Marquis y vit dans un dépouillement presque monastique : une cabane de gardian pour dormir, un enclos pour ses bêtes, et l'immensité du ciel camarguais pour seule décoration.

"Le Simbèu était le cœur battant de la nation gardiane, un havre de paix où le Marquis vivait en parfaite communion avec ses chevaux et ses taureaux."

1944 : La Tragédie des Ruines

La Seconde Guerre mondiale n'épargnera pas ce sanctuaire. En 1943, les troupes allemandes, soupçonnant le Marquis d'aider la résistance, l'expulsent violemment de son propre domaine. Le choc est immense pour cet homme de 74 ans. Affaibli, malade, Baroncelli se réfugie chez des amis à Avignon. Il meurt le 15 décembre 1943, sans avoir jamais revu son Simbèu. Ses dernières paroles, dit-on, furent pour demander qu'on le ramène sur ses terres.

Mais le pire reste à venir pour le domaine lui-même. Lors de leur retraite en août 1944, l'armée allemande fait miner et sauter le bâtiment principal. En un instant, les décennies d'histoire du Mas du Simbèu sont réduites en poussière. Les murs de pierre, les archives, les souvenirs accumulés pendant quatorze ans de vie pastorale, tout est anéanti par la dynamite.

Le Miracle de la Cabane

Pourtant, au milieu des gravats, un miracle se produit. Seule l'une des cabanes de gardians originelles, construite selon les méthodes ancestrales, reste debout, intacte. Alors que le mas en dur a été pulvérisé, cette modeste construction de sagne et de chaux a résisté au souffle de l'explosion. Elle devient le symbole indestructible de la résilience du peuple camarguais.

Comment expliquer ce miracle ? La réponse tient dans le génie de l'architecture traditionnelle des cabanes de gardians. Contrairement aux murs rigides en pierre, la structure souple de la cabane, faite d'une ossature en bois de tamaris recouverte de couches épaisses de roseaux, absorbe les ondes de choc au lieu de les subir. La forme arrondie de la culasse nord, conçue à l'origine pour fendre le mistral, a également joué un rôle en déviant le souffle de l'explosion.

Les sagnaïres -- ces artisans spécialistes du roseau -- posent la sagne en couches successives, serrées et liées par des liens végétaux, créant une épaisseur de toiture qui peut atteindre quarante centimètres. Cette masse fibreuse et flexible fonctionne comme un amortisseur naturel. Les murs, quant à eux, épais de près de cinquante centimètres et enduits de chaux, combinent solidité et élasticité. C'est cette technique ancestrale, transmise de père en fils depuis des siècles, qui a sauvé la cabane du Simbèu quand la modernité en pierre s'effondrait.

Le Tombeau du Marquis

À sa mort en décembre 1943, le Marquis avait exprimé une volonté précise : être enterré sur ses terres du Simbèu, face au soleil levant, parmi ses bêtes. Mais l'occupation allemande et la destruction du mas rendent cette volonté impossible à honorer immédiatement. Baroncelli est d'abord inhumé provisoirement au cimetière des Saintes-Maries-de-la-Mer, en attendant des jours meilleurs.

Le Réensevelissement de 1951

Il faudra attendre huit ans après sa mort pour que la volonté du Marquis soit enfin respectée. Le 7 octobre 1951, une cérémonie solennelle est organisée pour le transfert de ses restes sur les ruines du Simbèu. Ce jour-là, un cortège impressionnant se forme aux Saintes-Maries : des dizaines de gardians à cheval, tridents dressés vers le ciel, escortent le cercueil à travers les marais jusqu'au domaine.

La cérémonie rassemble des centaines de personnes : félibres, manadiers, pêcheurs, gitans, notables et anonymes, tous venus rendre hommage à celui qui avait consacré sa vie à leur terre. Des discours sont prononcés en provençal et en français. On rappelle ses combats pour la langue d'Oc, pour la race du cheval Camargue, pour les droits des gitans. Un tombeau simple, surmonté d'une croix camarguaise en fer forgé, est érigé à l'endroit même où se dressait autrefois le mas. L'inscription gravée est sobre, à l'image de l'homme : son nom, ses dates, et la devise de la Nacion Gardiano.

Ce réensevelissement a lieu dans un contexte politique particulier. La France d'après-guerre redécouvre ses identités régionales. Le mouvement félibréen, que Baroncelli avait tant défendu, connaît un regain d'intérêt. La cérémonie du Simbèu devient ainsi un acte politique autant que spirituel : en honorant le Marquis, c'est toute la Camargue qui réaffirme son identité face à la centralisation parisienne.

Que Reste-t-il du Mas du Simbèu Aujourd'hui ?

Pour le visiteur qui s'aventure aujourd'hui sur les terres du Simbèu, le paysage parle avec une éloquence silencieuse. Du mas en pierre, il ne reste que quelques fondations envahies par les salicornes et les tamaris. Mais la cabane miraculeuse est toujours là, restaurée avec soin selon les techniques traditionnelles, sa toiture de sagne dorée se découpant sur le bleu intense du ciel camarguais.

Le tombeau du Marquis constitue le point central du site. Entouré d'une clôture basse en bois, il est régulièrement fleuri par les membres de la Confrérie des Gardians et par des visiteurs venus de toute la Provence. La croix camarguaise qui le surmonte -- avec ses trois branches symbolisant la foi, l'espérance et la charité -- est devenue l'un des emblèmes les plus photographiés du delta. Chaque année, le jour anniversaire de la mort du Marquis, un rassemblement de gardians à cheval vient honorer sa mémoire dans un silence respectueux.

C'est ce même esprit de transmission qui nous anime au Lou Simbèu Ranch. Notre établissement, situé sur ces terres chargées d'histoire, se veut le gardien de cette mémoire. Quand vous partez en promenade immersion au départ de notre ranch, vous ne faites pas que traverser un paysage : vous marchez littéralement dans les pas de celui qui a fait la Camargue. Les sentiers que nous empruntons longent les vestiges du mas, passent devant le tombeau, et traversent les mêmes marécages où Baroncelli faisait paître ses manades. C'est une expérience que vous ne trouverez nulle part ailleurs, car notre histoire est indissociable de celle du Marquis.

Marchez sur les Traces du Marquis

Vivez une immersion totale en découvrant les vestiges du Mas et le tombeau du Marquis lors de nos balades exclusives. Une expérience que vous ne trouverez nulle part ailleurs en Camargue.